M8..   n° 5    4e RC    1er Escadron 1er Peloton

Chef de char :      François Aumaître
Pilote :
Chevallier
Radio : Nourisson

Endommagé à Berlaimont (Nord) le 17 mai 1940. Le char doit être abandonné au cours de la retraite.

Récit du chef de char :

Avant les premières maisons de Berlaimont, le peloton marque un arrêt. Devant moi, je vois Gilles partir seul et puis je le vois faire demi-tour, ayant été touché. Le conducteur Gorlier est gravement blessé et c‘est Gilles qui a pris le volant. Loinard fait une manœuvre vers la gauche et le lieutenant démarre en direction de Berlaimont. Pour ne pas le laisser seul, je pars derrière lui en pensant que Loinard allait suivre. La route est bordée de maisons et de jardins. Nous recevons des tirs de mitrailleuses et de canons de 20 mm tirant par rafales de trois. Les Allemands sont camouflés et ne tirent qu’à bonne distance. De loin, ils ne percent pas nos blindages. J’arrose à la mitrailleuse les endroits suspects.

Soudain, je reçois une rafale de trois obus. Chevallier stoppe et me dit ‘dans la maison à droite, le fenêtre du premier étage’. Je reçois trois nouveaux obus et vois les flammes sortir d’une fenêtre. Je tire un obus de rupture mais reçois de nouveaux trois autres obus. Je tire alors un obus explosif puis une rafale de mitrailleuse. Le canon ennemi est neutralisé.

Devant nous le lieutenant Champsiaud avait poursuivi sa route et avait tourné vers la gauche. Dans ce carrefour la route faisait une large courbe vers la gauche. Nous le perdons de vue. Après avoir effectué le tournant, nous découvrons à une dizaine de mètres devant nous le char du chef de peloton. La porte de tourelle est ouverte et le corps du lieutenant à moitié sorti, est retourné à l’arrière. Delaporte est allongé sur le sol à gauche du char alors que le brigadier-chef Bernard est mort à son poste de conduite. Tout à coup Chevallier s’écrit "Tatave n’est pas mort, il fait rouler ses yeux et il remue ses doigts". Je réponds "Avance à sa hauteur, nous allons le récupérer par le trou d’hommes, placé sur le plancher du char". Le char était à peu près au milieu de la route et il y avait de la place sur le côté. A cet instant l’aide conducteur Nourrisson, pris de panique, se met à hurler "N’avance pas, on va se faire descendre". Chevallier lui répond "Mais il le faut" et passe la première.

Nous n’avons fait que quelques mètres lorsque nous recevons un obus antichar. Chevallier stoppe le char, je riposte au jugé car je ne peux voir d’où le coup est parti car le verre de la lunette de visée est complètement brouillé. Je reçois un nouvel obus et je riposte immédiatement, en pensant qu’il faut que j’arrive à neutraliser ce canon car son prochain coup va me tuer. L’Allemand est aussi rapide que moi et nous échangeons ainsi trois ou quatre obus mais les miens n’arrivent pas au but, car je ne peux tirer qu’au jugé. Alors que je suis penché pour prendre un obus dans le casier situé à ma droite, dans un bruit effroyable, le tourelleau est arraché. Je suis choqué mais je me ressaisis rapidement. Il faut que je tire juste ! Je sors ma tête par la tourelle pour tenter de voir l’ennemi pour pouvoir pointer mon canon. Je fais cela à plusieurs reprises mais je pense que je dois faire marche arrière pour nettoyer ma lunette et revenir avec Loinard qui doit être derrière moi. Je demande à Chevallier de reculer mais le moteur s’emballe et cale. La tringlerie de commande de l’accélérateur est décrochée. Après avoir tiré un dernier obus, je demande à Nourrisson de tirer des rafales de mitrailleuse. J’ouvre la cloison pare feu du local moteur pour atteindre les deux carburateurs. Une main sur chacun d’eux, je peux accélérer le moteur, puis je guide Chevallier en marche arrière en sortant la tête de la tourelle. Le canon allemand s’est tu !

 

Lorsque qu’après le tournant nous nous trouvons dans la ligne droite, ce n’est pas Loinard qui est là, mais le capitaine de Segonzac. Je lui explique la position du char de Champsiaud, que l’on n’aperçoit pas. Il me dit de rentrer au Quesnoy pour rendre compte au commandant Vertier (responsable des Somua du régiment). Pendant ce temps, Chevallier a réussi à raccorder la tringlerie de l’accélérateur et nous faisons demi-tour pour partir vers le Quesnoy.

 

 




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